La coupe remplacée
par
des gobelets

Dans beaucoup d’églises évangéliques aujourd’hui, on a abandonné l’usage de la coupe lors de la Sainte Cène pour y substituer des gobelets individuels.
La chose paraît secondaire à bien des pasteurs, qui ont choisi d’en parler comme d’une histoire insignifiante.
Dans ces endroits, le dossier semble classé — comme bien d’autres d’ailleurs — et les petits gobelets sont désormais définitivement adoptés. Il est cependant bon et utile de revenir à la fois sur ce qui a motivé ce changement et sur la signification réelle et profonde de l’usage de la coupe dans la Sainte-Cène.

Revenons tout d’abord sur les raisons qui ont amené ce changement. La première serait semble-t-il d’ordre sanitaire. Il est soudainement apparu, après deux millénaires d’histoire de l’Eglise (et alors que jamais les hommes n’ont eu autant d’hygiène), que la coupe pouvait poser un problème sanitaire, des germes pouvant passer de personne à personne avec facilité. Cette question se posa avec plus d’acuité lorsqu’il y eut suspicion quant à la transmission du virus du sida par la salive. Mais ce doute fut rapidement levé et la conclusion aurait pu (et dû) suspendre la réflexion ; néanmoins le débat avait été ouvert, telle une écluse que l’on arrive plus à refermer. Un certain nombre d’arguments s’engouffrèrent, revendiquant une légitimité :

s’il n’y avait pas de risque avec le sida, n’était-il pas souhaitable, dans un simple souci sanitaire, d’abandonner la coupe ? Cette coupe avait-elle vraiment une importance particulière, entraînant une quelconque incidence spirituelle ?

La question fut finalement tranchée en bien des endroits sans trop de discussions, non avec la conviction que le Seigneur approuvait la chose, car il n’y eut pas d’attente d’une révélation claire venue du Ciel, mais comme la résultante de raisonnements purement humains influencés par des questions de société et par souci de convenance vis-à-vis du monde : « Voyez comme nous sommes des gens propres ; nous vous rendons ce témoignage que nous sommes soucieux des questions sanitaires. »

Le Seigneur Jésus n’avait-Il donc pas son mot à dire, Lui qui a donné le modèle ?
A qui a-t-on cherché à plaire ? A Dieu ou à ce monde ?

Il aurait été opportun de se rappeler ce passage où les Pharisiens hypocrites reprochaient aux disciples de Jésus de manger sans s’être lavés les mains.
Nous aurions peut-être pensé et dit la même chose car leurs mains ne devaient pas être en effet des plus nettes. Mais Jésus mit l’accent sur une autre forme de propreté beaucoup plus importante, celle du cœur d’où provient tant de mauvaises choses. De la même manière, nous serions certainement choqués si nous avions vu le Fils de Dieu faire de la boue avec de la salive pour l’appliquer sur les yeux d’un aveugle. Pourquoi ne pas avoir pris un peu d’eau tout simplement, cela aurait été tout de même plus propre ! A moins bien sûr que la salive de Jésus ait une vertu spirituelle que l’eau commune ne puisse avoir !

Parlons un peu d’une première incidence spirituelle évidente pour ceux qui voudront honnêtement y réfléchir devant Dieu : là où la Sainte-Cène est considérée comme un moyen de contamination (!) n’avons-nous pas quitté le terrain de la foi pour celui d’une réflexion incrédule stérile ? Qui plus est, « en voulant plaire au monde avec nos bons usages » nous avons risqué d’attrister l’Esprit qui nous pousse à plaire à Dieu et non pas à ce monde, ennemi de Dieu.

J’ai bien peur, ici comme ailleurs, qu’il ait été pris une liberté non inspirée et contraire à la pensée divine. Et si nous ne sommes plus sur le terrain de la foi pour la Sainte-Cène, comment pouvons-nous l’être pour la guérison des malades ou pour l’expression de tout don spirituel ? « Rien à voir ! » répondront promptement certains. Mais je suis persuadé que la foi a sa logique, tout comme l’incrédulité, et qu’en abandonnant la coupe par motif de crainte, nous ne pouvons éviter de quitter la logique de la foi. Ne nous étonnons pas dans ce cas si les guérisons sont plutôt du type « piscine de Béthesda » et que l’expression des dons se fait de plus en plus rare, de moins en moins claire et inspirée.

Parlons maintenant du symbole de la coupe. La coupe est un symbole fort dans l’ensemble des Ecritures. Il est parlé de « la coupe de délivrance », de « la coupe de bénédiction », de « la coupe du Seigneur », de » la coupe de la nouvelle alliance ». Jésus prit la coupe et après avoir rendu grâces, Il la leur donna (Luc 22 : 20). Jésus prit sa coupe et la leur passa. Ils burent tous à une même coupe bien que chacun avait certainement sa propre coupe pour boire ! Il y a ici un symbole fort, celui de cette unité du Corps au travers de cette communion au sang qui nous a rachetés ensemble pour faire de nous un peuple de sacrificateurs pour Dieu le Père. Pourquoi est-il si difficile d’admettre que l’adoption des gobelets dénature cette notion-même de communion et que la signification spirituelle que représente la coupe ne sera jamais représentée par des gobelets où chacun prend « sa petite communion privée » ?

Dans un monde où l’on regrette les multiples développements de l’individualisme, il est fort inquiétant de constater que de tels changements puissent s’opérer dans l’Eglise, qui servent à merveille cette pensée individualiste au mépris des choses les plus saintes. L’apôtre Jean nous exhorte de la part du Seigneur à donner notre vie pour les frères (1 Jean 3 :16) mais comment le pourrons-nous si nous ne sommes même plus capable de boire à la même coupe ??? Faisons preuve un instant de logique et d’honnêteté spirituelle.

Il y aurait une étude fort intéressante à faire sur la place des symboles dans la Bible, depuis la Genèse, avec la nécessité de couvrir la nudité de l’Homme par des peaux de victimes innocentes, jusqu’à l’Apocalypse qui nous révèle cette épouse qui se pare d’un vêtement de fin lin que sont les œuvres justes des saints. Dieu est un Dieu de symboles :
il aime communiquer au travers de signes et d’objets auxquels il va faire correspondre des réalités spirituelles.
Il a plu à l’Eternel, par exemple, d’annoncer le venue de son Fils par l’apparition d’une étoile étincelante qui a conduit les mages d’Orient vers cette petite bergerie insignifiante de Bethléem.
Les prophètes connaissent bien ce language et ont développé cette sensibilité aux choses cachées, dissimulées, qui recèlent un précieux message :
« Que vois-tu Jérémie »… « Je vois une branche d’amandier…une chaudière bouillante… »
Les symboles que l’Homme établit de lui-même sont une chose ; les symboles que Dieu établit en sont une autre : seuls ces derniers sont porteurs d’un message spirituel, d’un contenu, d’une sainte réalité céleste. En choisissant de toucher à certains de ces symboles avec une totale liberté, bien des pasteurs et autres enseignants de la Parole ont pris le risque d’en détourner le sens profond, voire d’en anéantir la portée. Quel aveuglement coupable ! Quelle insensibilité aux réalités du monde invisible !

A ceux qui disent :
« Coupe, gobelets, ce n’est qu’une question de forme ! », je demanderai pourquoi ils ne reconnaissent pas dans ce cas le baptême par aspersion ?
Ce n’est qu’une question de forme après tout ! Une immersion totale ou de l’eau versée sur la tête au nom du Seigneur, pourvu que l’intention soit là ! Surtout s’il n’y a pas d’eau à disposition comme dans certains lieux ! « Ah non, le baptême, c’est forcément par immersion ! ».
Mais la Sainte-Cène sans le symbole de la coupe, est-ce encore la Sainte-Cène ? Est-il si déplacé de se poser honnêtement la question ?

Moïse fut appelé le serviteur fidèle par excellence parce qu’il fit le tabernacle selon les instructions précises de son Dieu.
Il est le modèle pour toutes les générations de serviteurs car il a obéi dans les moindres détails sans prendre la moindre liberté, sans faire intervenir ses choix ou sa sensibilité.
L’Eternel a donné le modèle, il sera fait scrupuleusement selon ce modèle !

Et nous savons tous par l’Ecriture que la seule fois où Moïse prit la liberté d’agir à sa guise, cela eut pour lui des conséquences des plus fâcheuses puisqu’il fut privé de l’entrée en terre promise. Cela devrait nous enseigner que toutes les libertés prises au dépens du modèle donné par l’Ecriture nous privent directement de certaines bénédictions glorieuses qui constituent notre héritage en Christ. Comment pouvons-nous faire preuve d’une telle légèreté sans être nullement alertés par l’Esprit de Dieu ?

Jésus ne nous a-t-Il pas enseigné à faire grandement attention aux commandements que nous considérons comme secondaires, c’est-à-dire de moindre importance ? Mat. 5 : 19

Je crois que vous l’aurez compris, cette affaire de gobelets que l’on présente comme une histoire insignifiante est en fait de première importance car elle est révélatrice d’un état d’esprit global où le raisonnement humain non éclairé prend le pas sur la révélation divine, où les choses visibles se font en méconnaissance totale des réalités invisibles, comme si nous avions perdu toute sensibilité.

Laissez-moi vous dire encore que j’écris ces quelques pensées après avoir pris la Sainte-Cène sous forme de gobelets pendant plusieurs années.
Comme beaucoup de ceux qui étaient récalcitrants à accepter les gobelets, je m’étais fait une raison, ne voulant pas me couper de la communion des frères. Je me disais que le Seigneur savait que je n’étais pas d’accord et qu’Il comprendrait. Mais j’ai été récemment interpellé par l’Esprit en plein culte au moment justement où les gobelets passaient. Et voici la parole qui est venue percuter (le mot n’est pas trop fort) mon esprit :

« Puisque vous n’êtes pas fidèles dans les petites choses, comment vous en confierai-je de plus grandes ? ».

Et cela faisait suite à une prédication entendue, sur le besoin de demander à voir la gloire de Dieu.


C’est maintenant clair dans mon esprit :
nous pouvons toujours attendre la gloire de Dieu et demander à la voir. Nous risquons d’attendre longtemps, très longtemps puisque nous ne sommes pas capables d’être fidèles dans les petites choses, ou plutôt dans les choses élémentaires. Dans ces conditions, vous l’aurez compris, je préfère m’abstenir de prendre la Sainte Cène car
« tout ce qui n’est pas le fruit d’une conviction est péché ».

Je demande instamment au Seigneur de susciter dans sa grâce une puissante réforme qui nous conduira à être de nouveau sensibles aux réalités spirituelles contenues dans les Saintes Ecritures.

page 2 la cène


NDLR :

La question du respect de la forme, ainsi que de son adéquation avec le fond, ne devrait pas être traité avec légèreté. L’Église est appelée à être un instrument de séparation ; soit elle est la colonne et le soutient de la Vérité (5), soit elle sera un édifice de confusion. La pensée du Seigneur à propos du partage d’un même repas, pour ses disciples et lui-même, assorti du fait de boire dans une même coupe, la sienne, dépassait très largement le cadre étroit de ce que nous appelons aujourd’hui le moment de sainte cène. Tout était empreint de gravité, à cause de l’heure angoissante qui se préparait, et qui allait sceller leurs destins. Dans cet esprit, l’action de partager la coupe du Seigneur devait prendre une dimension prophétique pour chacun d’eux, à l’exception de Judas. Elle annonçait qu’ils allaient d’une certaine manière « boire la même coupe (6)» spirituelle que lui, être appelés à prendre eux aussi leur part de souffrance, comme de bons soldats de Jésus-Christ (7).

C’est sans doute ce qui manque de plus en plus cruellement au christianisme moderne et nanti, gagné de plus en plus ouvertement par le gouvernement d’une sagesse terrestre dans les affaires du royaume, pratiquant une foi de plus en plus facile et qui finira par n’avoir plus de spirituelle que le nom (8).

Soumettre/assujettir le texte biblique à la logique du moment, à l’influence de l’air du temps ou à l’urgence des circonstances est un risque que nul ne prendra impunément. Cela consiste à subordonner la parole de Dieu à la parole de l’Homme, à élever la créature au-dessus du Créateur. Nombre d’exemples bibliques sont là pour démontrer ce principe spirituel. Dieu jugera cela, sans que cela doive faire le moindre doute dans notre esprit.

Il s’agit là d’un débat fondamental, et non pas une question de détail sans importance. Un proverbe connu dit que « le diable se cache dans les détails » … parce qu’il sait que c’est seulement grâce à une succession de détails « insignifiants » qu’il engrange ses victoires les plus conséquentes.
Au delà d’un appel à maintenir les choses telles qu’elles ont été instituées par le Seigneur, ce texte de Jean-Louis Bulté nous rappelle que chacun d’entre nous a la responsabilité, pour lui-même, de demeurer en Christ, de veiller à ce que notre cœur reste uni au sien en ne permettant pas aux « détails » de se glisser dans notre communion. Et nous regarderons les véléités d’une vie individualiste, centrée sur l’Homme et ses pensées — sur nous-mêmes — comme vile et profane, comme les symptômes d’une vie séparée de lui.

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Jean-louis Bulté